A- A A+

Le Séminaire d'été 2014,    un « miracle à Saint Marin »

organisé par l'EDA et l'Université de Saint Marin 

   A mon arrivée à Saint Marin, j'ai eu l'impression que la vieille cité médiévale et le paysage tout autour n'avaient jamais été aussi beaux. L'excellence s'est poursuivie pendant les trois jours suivants : avec la qualité remarquable des conférences, des conférenciers venant de onze pays différents, pour la première fois une présentation de posters, la participation de trois personnes « expertes » dans la prise en charge pédagogique d'élèves DYS au sein d'une école, Anny Cooreman   de Louvain, Catherine Quilici de Paris (FEED) et Claire Malnoury de St Charles de Schiltigheim, la réception très chaleureuse au sein de l'Université de Saint Marin, les excellents repas de midi et les sympathiques dîners , sans oublier notre magnifique salle de conférence – une salle d'une petite église désaffectée – grâce à tout ceci vous comprendrez ma mention «  miracle à Saint Marin ».

     Je me propose de vous présenter quelques notes pratiques ( parfois juste des mots clés) prises au cours de certaines conférences qui ne doivent en aucun cas remplacer les résumés rédigés par les auteurs auxquels vous pouvez vous référer.

   Anny Cooreman, Directrice et Fondatrice de l'école Euréka de Louvain « Une approche compréhensive des étudiants DYS avec une vue à long terme sur le développement à long terme. »

La conférencière souligne l'importance de travailler avec les parents et de prendre en compte leurs sentiments. Ils se sentent frustrés et ne doivent pas en vouloir à leur enfant. Les parents ont pu avoir des difficultés analogues dans leur enfance. Il est essentiel qu'ils apprennent comment ils peuvent aider leur enfant.

   Les enseignants doivent choisir pour leurs élèves DYS, un enseignement à petits pas mais à grands effets, ils doivent repenser leurs méthodes d'enseignement et choisir des approches adaptées aux besoins spécifiques de chaque élève. Il faut rappeler l'importance de l'usage des TICE qui va faciliter leur travail. Pour l'enseignement des bases, les enseignants doivent tenir compte de la façon dont l'élève apprend et y consacrer suffisamment de temps.

Anny Cooreman s'adresse aux élèves en leur disant  : « aides-toi ! », cherche l'aide dont tu as besoin, comment peux-tu résoudre ton problème, cherche des stratégies de compensation et ajuste ton environnement (recours possible à l'ordinateur). Qu'est-ce qui t'aide le plus pour mémoriser (création d'une image mentale par exemple), intègre un groupe de travail, utilise l'aide d'un tuteur – un autre élève. L'élève va changer sa façon de se considérer, il va découvrir de quelle manière il peut compenser ses difficultés, et va accéder à la prise de conscience de sa façon d'apprendre (métacognition) .

   Les enseignants et les parents doivent aider l'élève à « créer son avenir » en recherchant ses talents, en les soutenant et les développant. Ils doivent demander aux élèves quels sont leurs rêves et stimuler leurs capacités d'entreprendre.

   La créativité ne doit pas seulement être utilisée par l'étudiant mais aussi par les enseignants dans leur façon d'enseigner pour l'adapter aux difficultés et aux possibilités   de chaque étudiant.

   Eleni Livianou « Troubles déficitaires de l'attention, hyperactivité – TDAH -   et troubles du spectre autistique, -TSA- une comorbidité et un profil comportemental : le rôle de l'enseignant ».

     Les troubles déficitaires de l'attention et l'hyperactivité peuvent être souvent associés à des formes peu sévères d'autisme impliquant des difficultés de communication sociale et un comportement inhabituel.

       Les troubles de l'attention peuvent ainsi être associés à :

  • une impulsivité et des difficultés de coordination et de contrôle de l'activité motrice,
  • des difficultés de traitement des perceptions audiovisuelles et de mémorisation, qu'il s'agisse de la mémoire à court terme ou la mémoire de travail, des capacités d'attention ou d'inhibition ;
  • troubles du langage oral, de l'élocution, de l'expression ou de l'organisation du langage ;
  • un déficit du développement cognitif de l'enfant lié aux difficultés de régulation de l'attention ;
  • impulsivité : ils ne reconnaissent pas les conséquences de leurs actions ;
  • difficultés de traitement sensoriel et de prise de conscience de l'espace ;
  • troubles du comportement, difficultés dans les relations sociales, et la communication non verbale, difficultés pour travailler en groupe.

Les troubles des apprentissages de élèves avec TDAH ont des caractères communs avec les élèves présentant des troubles du spectre autistique, tels que des difficultés de planification et la flexibilité. Ils ont du mal à répondre aux questions : quoi, comment, où, quand ! Les enfants DYS stressés peuvent présenter des symptômes analogues. Des cas familiaux sont retrouvés dans 76% des cas pour TDAH et 90% TSA, ce qui montre l'importance d'évaluer les parents et les enfants.

Il est important d'adapter l'environnement de la classe, d'enseigner par petits pas et de simplifier le contexte, d'utiliser un matériel stimulant. L'enseignement doit pouvoir améliorer leur comportement et leur compétences sociales.

Catherine Quilici « De la spirale négative menant à l'échec, à la logique positive du succès »

Catherine Quilici souligne l'importance d'expliquer aux enfants DYS comment le cerveau fonctionne afin qu'ils puissent mieux apprendre.

Comment accéder à la compréhension d'un texte : pour les élèves DYS lire un texte, c'est s'atteler à un difficile puzzle. Pour lire ils doivent être capable de décoder, de reconnaître les mots, d'accéder à la compréhension, être capable de redire la signification du texte avec leurs propres mots, de trouver les mots clés, les éléments d'information, les domaines impliqués. Lire est un processus complexe qui implique d'être capable de faire des inférences, de contrôler et de recourir à des inhibitions. ( de maintenir leur attention sur le texte).

L'intelligence ne suffit pas pour apprendre à lire et à écrire, pour les élèves DYS il s'agit d'une double punition (monte sur l'arbre) – pour être équitable, il est demandé à tous les animaux présents de monter sur l'arbre, parmi les animaux il y a un singe – pas de problème pour lui – mais il y a aussi un éléphant!-

Pour parler nous devons disposer de 5000 mots pour lire nous avons besoin de 4 fois plus de mots.

Pour accéder à la compréhension d'un texte il faut pouvoir lire entre les lignes et se bâtir une image consistante.

Catherine Quilici propose d'utiliser une boîte à outils : devine un mot, trouve l'étymologie, donne sa définition. Comprendre c'est être capable de formuler ce qui est compris avec ses propres mots. C'est aussi être capable de répondre aux questions : qui – quoi – où – pourquoi – comment .

Elle rappelle aussi l'importance du langage oral: expliquer oralement un texte en utilisant des dessins, en montrant le schéma de l'histoire et être capable de répondre : je ne suis pas sûr, presque sûr, tout à fait sûr. Il est possible de formuler ce qui a été compris de différentes façons.

En posant les questions : es-tu capable de comprendre, à quelles catégorie appartient le texte, qu'est-ce qui va suivre dans le récit, Fais l'analyse et explique .

L'importance de la révision, de travailler en groupe, de discuter avec les camarades et l'enseignant.

Eva Gyarmathy « L'usage des techniques numérisées – TICE – pour l'inclusion sociale des personnes avec dyslexie. Un projet concernant l'écrit. »

Les techniques TICE sont « dyslexia friendly » amicales à l'égard des personnes avec dyslexie qui peuvent choisir la police et la couleur de fond qui leur vont le mieux, utiliser des phrases plus courtes, les sujets traités sont facilement compris. Cette technologie joue un rôle de compensation et facilite l'accès au texte écrit. La possibilité d'utiliser la lecture d'un texte – texte lu par l'ordinateur – ou texte dicté écrit par l'ordinateur (dragon naturally speaking )

Que devons nous choisir pour être meilleur lors d'un examen ?

La possibilité de s'autoévaluer avec un test d'évaluation rapide.

Giannis Karagiannakis « les difficultés d'apprentissage en mathématiques : la dyscalculie ou d'autres facteurs ? »

Je n'ai pas pris de notes lors de la brillante conférence faite pas Giannis, mais je n'oublierais jamais le « Modèle » présenté et les nombreux profils différents des jeunes en difficultés en mathématiques, projetés sur l'écran.

Le Modèle prend en compte quatre domaines :

  • la notion de nombre – la mémoire –
  • le domaine visuo-spatial
  • le raisonnement la logique et la capacité de synthétiser.

Basés sur ce Modèle, le conférencier a présenté les différents profils des étudiants dyscalculiques ou ayant des difficultés en mathématiques.

En regardant la forme de ces profiles, très dissemblables d'un étudiant à l'autre, il était facile de comprendre que l'aide à donner devait s'adapter au domaine particulier répondant aux difficultés de chaque étudiant. C'est dire l'importance de ces profils afin d'adapter les stratégies pour réussir l'aide à donner.

26% des adultes ayant des difficultés dans l'apprentissage des mathématiques sont au chômage ou déprimés.


Juste avant de quitter Saint Marin, j'ai jeté un dernier regard au paysage que la ville domine, il m'apparut comme un grand puzzle : avec ses champs vert ou jaune, le relief sombre des montagnes, la couleur rouge des maisons des villages, et par dessus, un second puzzle réalisé par l'ombre que projetaient les nombreux petits nuages navigant dans le ciel de cette belle journée ensoleillée. Je me rappelais alors qu'un des conférenciers avait comparé les difficultés des dyslexiques à traiter l'écrit aux difficultés à construire un puzzle...